Le Voyage en Gondole : 39ème et 40ème jours
Pepe Roncino et Tintoretta terminent leur séjour dans le sestiere de Cannaregio. Ils visitent les églises de Santa Maria dei Miracoli et de San Giovanni Crisostomo. Et ils découvrent l'histoire vénitienne de Marco Polo !
Emeric Cristallini
12/21/202520 min temps de lecture


39ème jour : Santa Maria dei Miracoli


Pepe Roncino
Tu es prête Tintoretta ?
Tintoretta
Oui, j'ai passé une nuit merveilleuse dans cet hôtel ! J'ai rêvé de l'église en marbre...
Pepe Roncino
Oui, c'est aujourd'hui que l'on va visiter ce joyau de la Renaissance vénitienne...
On prend le rio dei Santi Apostoli sur la droite… On prend le rio de Cà Widman à droite… On tourne à droite…. On s’arrête tout de suite sur le campiello dei Miracoli…






Tintoretta
On sera au pied de l’église !
Pepe Roncino
Oui, au pied de Santa Maria dei Miracoli ! L’église tient son nom d’une image de la Vierge Marie à laquelle on attribua des miracles. Cette image était accrochée à la maison d’un certain Francesco Amadi, qui habitait dans l’îlot de Santa Marina, que l’on visitera après-demain. Cette image commença à être vénérée. Un petit-fils de Francesco, Angelo, la plaça dans une petite chapelle artisanale qu’il installa dans la cour de sa maison, la Cà Amadi, sur l’actuel campo vers lequel on se dirige…




Devant l’importance de la vénération populaire, des procurateurs de la république de Venise décidèrent de détruire quelques maisons de la place et une vraie chapelle fut construite le 25 février 1481. Dès le mois de mars, furent entrepris, les travaux pour construire une église abritant cette chapelle. Ces travaux furent dirigés par le grand architecte et sculpteur Pietro Lombardo, aidé par ses fils Tullio et Antonio. Ils furent achevés à la fin de l’année 1489.
Tintoretta
Elle est magnifique, toute en marbre !


Pepe Roncino
Oui, des marbres polychromes, que l’on retrouve à l’intérieur... Mais commençons par admirer la façade !
Tintoretta
Juste au-dessus du portail, il y a la sculpture d'une Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras...
Pepe Roncino
Oui, elle est l'œuvre de Giorgio Lascaris ; elle date de la fin du XVème siècle... Les autres sculptures ont été réalisées par l'architecte Pietro Lombardo...


Tintoretta
Oh ! l'intérieur est encore plus beau !
Pepe Roncino
Oui, le marbre blanc, rose et serpentine suffit à décorer les murs. comme tu peux le voir, il n'y a aucune toile...
Tintoretta
Le chœur est très surélevé !
Pepe Roncino
C'est vrai ! Il est ainsi séparé du reste de l'église par une balustrade et une chaire polygonale de chaque côté...
Regarde aussi le plafond !


Tintoretta
Au plafond, on trouve des peintures !
Pepe Roncino
Oui, une cinquantaine de petits cadres représentant des prophètes et des patriarches, réalisés, pour la plupart, par Pier Maria Pennacchi avec l'aide de son frère Gerolamo...
Le sol est également très beau...


Tintoretta
Qu'est-ce qui est écrit ici ?
Pepe Roncino
On peut lire, en latin, les dates de début et de fin de la construction de l'église : 1481 et 1489, ainsi que celle de la dernière restauration : 1887...




Tintoretta
J'aime bien aussi cette colonne rouge...
Pepe Roncino
Elle semble rouge avec les reflets... On se rapproche maintenant du chœur, sur le côté gauche...


Tintoretta
Le crucifix semble réel !
Pepe Roncino
C'est vrai ! Il est de taille humaine...




Au pied du chœur, en-dessous de la balustrade, on a une statue de San Francesco à gauche et de Santa Chiara à droite, réalisées par Girolamo Campagna entre la fin du XVIème et le début du XVIIème siècle...
On retrouve ces deux saints sur la balustrade, exécutés cette fois par Tullio Lombardo un siècle plus tôt...


Tintoretta
Sur la balustrade, San Francesco est aussi du côté gauche...
Pepe Roncino
Oui, et Santa Chiara du côté droit...


Et derrière, toujours sur la balustrade, on a la stuette de l'Archange Gabriel à gauche et de l'Ange annonciateur (ou annonciatrice) à droite, également réalisées par Tullio Lombardo...


Et de chaque côté de l'autel, il y a deux statuettes réalisées au XVIème siècle par Alessandro Vittoria...
Tintoretta
En revanche, elles sont en bronze !
Pepe Roncino
Tout à fait ! Elles représentent San Pietro et Sant'Antonio abate...


Le retable au centre représente La Vierge et l'enfant Jésus. C'est l'image de la Vierge immaculée que Francesco Amadi fit peindre par Nicolo Di Pietro en 1408. Elle fut intégrée dans cette niche réalisée par les frères Bisarel en 1887, sur la commande de Roberto Boldù...
Tintoretta
Du nom de la famille propriétaire du palais qu'on a vu hier...
Pepe Roncino
Tout à fait ! C'est cette icône qui produisit des miracles...


Tintoretta
Quel genre de miracles ?
Pepe Roncino
Un des miracles parvenu jusqu'à nous se produisit le 23 août 1480. Un certain Francesco Bendi, lors d'une violente dispute avec sa belle-sœur, essaya de la tuer de plusieurs coups de poignard. Celle-ci, agonisante, se serait alors tournée vers l'endroit où se trouvait l'icône miraculeuse pour implorer la Vierge de venir à son secours. Retrouvant alors quelques forces, elle put appeler à l'aide. Des voisins accoururent très vite. Mais quand ils arrivèrent sur le lieu du crime, la victime n'avait plus aucune trace de blessures et ses vêtements étaient intacts !
Tintoretta
En effet ! Un vrai miracle !












Je vais te montre l'ancienne Cà Amadi, où se trouvait la petite chapelle abritant l'icône...


Tintoretta
Un joli portail gothique !
Pepe Roncino
Oui ; à l'intérieur, on aperçoit la corte de le Muneghe...


On va maintenant prendre la calle Castelli… Je vais te montrer le palais Van Axel…


Il se trouve au bout de la fondamenta de le Erbe...
Tintoretta
Elle porte bien son nom...
Pepe Roncino
Ce palais s'appelle plus précisément Soranzo-Van Axel-Barozzi, du nom de ses différents propriétaires. Il fut construit entre 1473 et 1479 par la famille Soranzo à l'emplacement d'un palais vénéto-byzantin dont il reste quelques éléments décoratifs....
Admire d'abord le portail !


Tintoretta
Il est aussi de style gothique !


Pepe Roncino
Oui, la lunette est en marbre jaune... Les armoiries sont celles de la famille Van Axel...


Tintoretta
Van Axel, c'est un nom flamand ?
Pepe Roncino
La famille Van Axel, qui acquit ce palais en 1628, étaient effectivement originaires d'Axel, près de Gand. Elle fut propriétaire de ce palais jusqu'en 1920, lorsqu'elle fut cédée à la famille Barozzi...
Tintoretta
La cour est magnifique !
Pepe Roncino
Oui, c'est une cour typique d'un palais gothique vénitien, avec aussi son escalier extérieur...






Cet îlot est petit mais il recèle des trésors architecturaux...


Tintoretta
Oui, et aussi une image miraculeuse... Cette nuit, quand je dormirai, je tournerai ma tête du côté de l'église...


40ème jour : San Giovanni Crisostomo


Pepe Roncino
On prend le rio dei Miracoli… On prend à droite le rio di San Giovanni Crisostomo… on s’arrête après le pont, sur la salizzada San Giovanni Crisostomo… Cette salizzada est assez fréquentée dans la journée par les touristes qui arrivent de la gare et se dirigent vers San Marco.
On va tout de suite visiter l’église San Giovanni Crisostomo…. Cette église a été construite de 1497 à 1504 par Mauro Codussi. Elle exista dès le XIème siècle mais fut détruite par un incendie en 1475...


Le campanile, quant à lui, fut construit entre 1532 et 1590….


Entrons ! Cette église était l'église des toscans originaires de Lucca...


Tintoretta
La décoration intérieure est très riche !
Pepe Roncino
Oui, ça change de Santa Maria dei Miracoli ! La décoration fut terminée vers 1525.... On est dans le style Renaissance...
Le retable de l'autel principal représente San Crisostomo, Saint Jean Chrysostome en français, avec les saints Jean-Baptiste, Liberal, Marie-Madeleine, Agnès et Catherine. Il fut réalisé en 1509-1511 par Sebastiano del Piombo, avant qu'il ne parte pour Rome...
Tintoretta
Qui était Saint Jean Chrysostome ?
Pepe Roncino
Il nacquit à Antioche, une ville de l'actuelle Turquie, vers l'an 345. Archevêque de Constantinople, il est surtout vénéré par l'Eglise orthodoxe. Chrysostome signifie "bouche d'or" en grec. Il était dénommé ainsi, du fait de son talent oratoire...


Mais il fit preuve de tant d'intransigeance qu'il finit par être chassé de Constantinople et condamné à un voyage épuisant dans le désert. Jacques de Voragine, dans La légende dorée, raconte qu’à Cumanes, le 14septembre 407, « son âme s’envola de son corps ». Et « une grêle effroyable s’abattit sur Constantinople et tous les environs ; et tous reconnurent là un signe de la colère de Dieu, à cause de l’injuste condamnation de Jean ».
Tintoretta
Il a donc vécu à l’époque de Galla Placidia ?
Pepe Roncino
Oui, il fut persécuté par l’impératrice Eudoxie, l’épouse de Flavius Arcadius, qui était le demi-frère de Galla Placidia…. On retrouve d’autres représentations de San Giovanni Crisostomo : notamment, aux parois incurvées du presbytère, le Transport de son corps de Venise à Rome...
Tintoretta
Son corps se trouva donc à Venise ?
Pepe Roncino
Oui, il fut emporté de Constantinople lors de la Quatrième croisade, en 1204. Mais ce ne fut qu'un passage. En revanche, il resta à Rome jusqu'au 27 novembre 2004, date à laquelle Jean-Paul II le restitua au patriarche œcuménique Bartholomée Ier, pour être conservé depuis dans une église d'Istanbul...


Dans la chapelle à droite, on peut admirer un groupe sculpté de La Vergine del Rosario fra San Domenico e Santa Teresa, qui date du XVIIième siècle...


En continuant la visite sur le côté droit, on trouve une grande œuvre vénitienne : le retable de Giovanni Bellini, réalisé en 1513 : San Girolamo, San Cristoforo e Sant'Agostino...


Du côté gauche de l'autel principal, il y a ce retable de Bartolomeo Letterini : Crocifissione con San Francesco di Paola e santi...




Dans la chapelle sur le côté gauche, on peut admirer un magnifique groupe sculptural, de Tullio Lombardo : L'Incoronazione della Vergine fra gli Apostoli, réalisé en 1501-1502...


Tintoretta
Il y a aussi un bel orgue en bois !


Pepe Roncino
Avant de sortir, regarde ce buste de la Madonna delle Grazie…


C'est un buste miraculeux...
Tintoretta
Comme l'image de Santa Maria dei Miracoli ?
Pepe Roncino
Oui, avant la Première Guerre Mondiale qui, en Italie dura de 1915 à 1918, ce buste se trouvait déjà à l'intérieur de l'église, dans une niche au-dessus de la porte latérale. En février 1918, une bombe aérienne autrichienne frappa l'église. Le buste tomba du haut de la niche mais resta intacte. Depuis, ce buste est vénéré encore plus qu'il l'était précédemment, à tel point qu'en 1977, le patriarche de Venise Albino Luciani, futur Jean-Paul Ier proclama l'église sanctuaire de la Madonna delle Grazie.
Tintoretta
L'auréole d'étoiles autour de son visage est très belle !
Pepe Roncino
Oui, elle est l'œuvre d'un orfèvre vénitien...


On va voir la cour où est né Marco Polo… On prend la calle de l’Uffizio de la seta, sur le côté droit de l’église…. On passe sous ce portique… et on se retrouve dans la corte prima del Milion…




Tintoretta
Milion est le nom du livre dans lequel Marco Polo raconte son voyage en Asie ?
Pepe Roncino
Bien vu ! Les voyages de Marco Polo ont été effectués entre 1271 et 1295. Il dicta son Milione, son Livre des merveilles, à son compagnon de cellule Rustichello da Pisa, pendant son incarcération à Gênes en 1298.
Tintoretta
Pourquoi fut-il emprisonné à Gênes ?
Pepe Roncino
Il fut fait prisonnier alors qu’il participait à une bataille navale entre Venise et Gênes, dans les îles grecques de Curzolari…. Sa maison se trouvait plutôt dans la corte seconda del Million, que l’on va rejoindre par la calle del Million et en passant sous ce sottoportego….


Tintoretta
Une grande cour !
Pepe Roncino
Oui, on peut dire que cette cour a les dimensions d'un campiello... La maison de Marco Polo fut détruite par un incendie en 1596 mais on trouve encore des éléments d'architecture vénéto-byzantine...


Tintoretta
On trouve un peu d'éléments gothiques aussi...
Pepe Roncino
C'est vrai, on a des arcs différents aux fenêtres...
Tintoretta
Marco Polo a tellement voyagé qu'il n'a peut-être pas vécu longtemps ici...
Pepe Roncino
Il y est né en 1254. C''est à l'âge de 17 ans qu'il partit pour un voyage qui dura 24 ans. Mais en 1296, il est fait prisonnier lors de la guerre de Venise contre Gênes....
Tintoretta
C'est alors qu'il écrivit Le Million...
Pepe Roncino
Oui, il fut libéré en 1299 et mourut en 1324. Il vécut donc ici ses 17 premières années et ses 25 dernières...


Tintoretta
Est-ce qu'on sait précisément où se trouvait sa maison ?
Pepe Roncino
On pense que c'était plutôt autour de cet arc byzantin., avec la croix au-dessus...


On passera d'ailleurs sous ce portique mais avant, on profite de cette très belle cour...
Tintoretta
Pour quelqu'un qui a beaucoup voyagé, ça devait sembler bizarre de vivre dans un endroit aussi clos !
Pepe Roncino
C'est vrai, mais en passant sous cet autre sottoportego, il se retrouvait le long d'un canal...


Son palais donnait d'ailleurs sur le canal... Cela fait partie du Racconcino de ce soir...
Tintoretta
Chouette ; ça fait un moment qu'il n'y en a pas eu !












Pepe Roncino
Allez ! On passe sous le sottoportego del Teatro !


Tintoretta
Les arcs de chaque côté du sottoportego sont très beaux !
Pepe Roncino
Oui, les décorations en marbre des XIème et XIIème siècles sont très belles.
Tintoretta
Marco Polo les a connues !
Pepe Roncino
Oui, et il a dû souvent passer sous ce portique ! On passe par la calle del Teatro…


On prend à gauche puis à droite et on arrive dans le campiello del Teatro...


Ici se trouve le Théâtre Malibran. Il s’appelait Teatro San Giovanni Crisostomo lorsqu’il fut fondé en 1677 par la famille Grimani. Goldoni y donna des représentations ; dans ses Mémoires, il évoque ce théâtre comme étant le plus important de Venise dans les années 1720. Il cite les six autres de son époque : San Cassian, qui se trouvait dans l’îlot entre celui de San Cassiano et celui de Santa Maria Mater Domini, là où on a fait des courses au magasin bio ; San Luca, où on sera après-demain ; San Beneto et Sant’Angelo où on sera dans trois jours ; San Moise et San Samuele, où l’on sera un peu plus tard…
Tintoretta
Sant’Angelo, on a vu son emplacement quand on était au palais Barbarigo !
Pepe Roncino
Tout à fait ! Certains de ces théâtres accueillaient plutôt des opéras, d’autres plutôt des comédies…
Tintoretta
Goldoni n’a pas connu la Fenice?
Pepe Roncino
Non, celle-ci fut construite en 1792, un an avant sa mort, alors qu’il vivait depuis 30 ans à Paris… En 1834, le théâtre de san Giovanni Crisostomo prit le nom de la célèbre cantatrice Maria Malibran, qui, alors qu’elle chantait l’Otello de Rossini à La Fenice, offrit son cachet pour sauver le théâtre Malibran.
Tintoretta
Dans Othello, elle jouait le personnage de Desdémone ?
Pepe Roncino
Tout à fait, elle résidait d’ailleurs dans un hôtel près du palais Contarini-Fasan où aurait vécu Desdémone.
Tintoretta
C’est plutôt un opéra qu’un théâtre ?
Pepe Roncino
Oui, en italien, teatro signifie plutôt opéra en français…. On parle plutôt de teatro dell’opera, comme le nom de cette calle qui va nous permettre de rejoindre la calle de l’Uffizio della seta…
On va prendre cette fois à gauche la calle del Cagnoletto puis à gauche la calle Morosini qui va nous permettre d’accéder à deux autres cours : la corte Amadi et la corte Morosina…
Tintoretta
Il y a beaucoup de cours dans cet îlot !
Pepe Roncino
En effet ! Et des cours très intéressantes ! D’abord la Corte Amadi à laquelle on accède par ce portique…


Tintoretta
J'aime bien voir du linge accroché ! On imagine les gens qui vivent dans cette cour.
Pepe Roncino
C'est vrai ! On a déjà vu ça dans certains îlots de Cannaregio et on le verra aussi dans certains îlots de Castello...


On reprend la calle Morosini pour rejoindre la corte Morosina…


Tintoretta
Une très belle cour !
Pepe Roncino
Oui, deux belles cours bien cachées !


On a du style vénéto-byzantin mais aussi du style gothique...






On va maintenant retourner dans la corte prima del Million pour déjeuner à l’osteria al Million…






Après ce bon repas, je vais te monter une petite cour puis le plus beau campiello de Venise, le campiello del Remer, qui se trouve au bord du Grand Canal… On retourne sur le campo San Giovanni Crisostomo…
On prend en face la calle del Modena… qui nous conduit à la corte Civran…




Tintoretta
"Batabum", c'est le bruit que fait ta tête si tu ne la baisse pas !
Pepe Roncino
Oui, je pense que c'est un signal de danger ! Ce sottoportego est assez bas. On va donc bien baisser la tête !


On se retrouve au bord du Grand Canal...
Tintoretta
On voit très bien l'Erbaria !
Pepe Roncino
Oui, et derrière les Fabriche Vechie...


Et à droite, les Fabricche Nuove...
On retourne sur le campo...


On prend en face, un peu sur la droite par rapport à la calle Modena, la calle del Scaleter o de la Stua… On arrive dans la corte del Remer… On passe sous ce sottoportego… Et nous voilà sur le campiello del Remer !






Le palais que l’on voit dos au Grand Canal est ce qu’il reste du palazzo Lion, qui date de la fin du XIIème siècle, de style byzantin. L’escalier extérieur a été refait au XXème siècle. La vera da pozzo, en marbre rouge, date, elle, du XIIIème siècle…






La vue sur le Grand Canal est magnifique. Sur la gauche, on voit le pont du Rialto et le palais Camerlenghi...




On voit aussi sur la gauche, mais sur notre rive, le Fontego dei Tedeschi, juste avant le pont du Rialto ainsi que le campanile de l'église San Bartolomeo, qui se trouvent dans l'îlot que l'on visitera demain...


Tintoretta
En face, on a un peu la même vue que celle que l'on avait de la corte Civran...


Pepe Roncino
Oui, elle est juste un peu plus ample...


Tintoretta
Ce campiello est vraiment magnifique !
Pepe Roncino
Oui, c'est pour ça qu'on va dîner ici ! Et qu'ici je vais te dire le Racconcino !
Tintoretta
Chouette !
C'est donc le Racconcino 9 !
Pepe Roncino
Marco Polo fit de nombreux voyages en Orient. Il résida longtemps à la cour de l’Empereur de Chine, Qubilay Khan. Lors d’une soirée, il entendit chanter dans les jardins de l’Empereur. Il fut attiré par la pureté de la voix et foudroyé lorsqu’il découvrit la personne qui chantait. Elle était d’une beauté fulgurante. Il ne tarda pas à apprendre qu’elle était une des filles de l’Empereur ! Bénéficiant des faveurs de l’Empereur, il réussit à conquérir le cœur de la princesse.
Mais les missions que lui confiait l’Empereur le tenaient souvent éloigné de la Cour impériale. Il avait obtenu la main de la princesse et il lui tardait de pouvoir enfin l’épouser et vivre à ses côtés. C’est ainsi que lorsque les routes autour de la Chine devinrent trop dangereuses, il demanda à l’Empereur de lui donner congé et de consentir à ce qu’il emmène avec lui sa fille, après l’avoir épousée. L’Empereur avait beaucoup de reconnaissance pour Marco Polo et il la lui témoigna en acceptant sa demande, qui en outre, faisait le bonheur de sa fille bien-aimée.
En 1295, Marco Polo revint donc définitivement à Venise. Il installa la princesse Khan dans son palais, qui à côté du palais de l’Empereur, n’était qu’une modeste bâtisse. Dans les premiers mois, celle-ci s’en accommoda. Elle était tellement heureuse de vivre enfin avec l’homme qu’elle aimait et de découvrir un nouveau pays, surtout Venise, qui était alors la ville la plus opulente du monde. Mais elle ne tarda pas à déchanter. Marco Polo continuait de s’absenter souvent et pour de longues périodes. Même si ce n’était pas toujours par choix, notamment lorsqu’il fut enrôlé dans l’armée vénitienne pour combattre les Gênois, Marco Polo était un voyageur dans l’âme et, malgré tout son amour pour la princesse, il n’était pas capable de rester de longs mois sans prendre la route. La princesse, elle, ne pouvait pas l’accompagner. Elle était obligée de rester à Venise.
Or, celle-ci ne l’accueilla pas comme elle l’espérait. Elle pensait être traitée comme une princesse, alors qu’on la pointa du doigt pour sa diversité. Les longues absences de Marco Polo l’avaient empêché de se faire des amis vénitiens et la princesse était trop timide pour s’en faire. Elle ne fut pas davantage adoptée par sa belle-famille, qui n’avait pas vu d’un bon œil l’arrivée de cette étrangère. Elle finit par vivre recluse dans son petit palais de la corte del Million. Son seul loisir était de chanter, le soir venu, comme elle le faisait autrefois dans les jardins impériaux. C’était ainsi qu’elle avait attiré son Marco et elle espérait toujours que son chant allait le faire arriver.
Mais lors d’une douce soirée d’été, alors qu’elle chantait comme à son habitude, elle vit arriver une de ses belles-sœurs tout essoufflée. Celle-ci venait d’apprendre la nouvelle de l’emprisonnement de Marco Polo par les Gênois, au cours de la bataille navale des Curzolari. C’était en septembre 1298. Mais la belle-sœur, qui était très jalouse de la princesse, décida, pour couper tout lien avec elle, de lui annoncer la mort de Marco Polo. La princesse fut au comble du désespoir. En entendant les pas dans l’escalier, elle s’était imaginée voir accourir son Marco alors qu’on venait lui annoncer sa disparition. Et cela sans aucun ménagement et sans la consolation d’une épaule bienveillante. Elle laissa sa belle-sœur repartir sans rien dire. Elle monta à l’étage supérieur du palais et se jeta dans le canal, espérant un jour rejoindre son Marco dans son voyage sans fin…
Depuis, à la fin de l’été, à l’heure où les touristes se font rares, en passant par la Corte seconda del Million et en longeant les canaux qui entourent l'îlot, il n’est pas rare d’entendre un chant d’amour s’élever au-dessus des palais vénéto-byzantins en direction de l’Orient…




